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31 octobre 2006

Sa liste

Lettre de A.
 

                                                    
Alors tu voulais une liste la voilà, elle n'est pas exhaustive...


Livres

De la guerre (Clausewitz)
Traité de servitude volontaire (Buffon)
Le prince (Machiavel)
Tout ce qu'a fait Chomsky dans le domaine sociopolitique (et notamment La construction de l'opinion publique Making consent)
Méditations (Pascal)
Heidegger et Levinas
La condition postmoderne et le postmodernisme expliqué aux enfants de Lyotard
Je te passe Derrida, Baudrillard, Barthes et Deleuze
Surveiller et punir de Foucault (pas Jean-Pierre)
Les origines du totalitarisme de Harendt
Tout Cioran (petit a petit)
Tout Bourdieu
L’introduction de L’esthétique de Hegel (ça fait quand meme 80 pages)
Les pierres sauvages de Pouillon
Tout Panofsky (et notamment Architecture gothique et pensée scolastique et La perspective comme forme symbolique)
Mechanization takes command de Giedion

Voilà pour l’instant.

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15:05 Publié dans Correspondance | Lien permanent

... tellement fort que ça fait mal

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Maintenant, y a plus d'avant. Plus d'après non plus. (Elle a un rire amer, plutôt étouffé, et qui tient à rien.) Ca t'est jamais arrivé, d'entendre une musique, quelque chose, de voir un truc et que ça soit tellement chouette, tellement fort que ça fait mal, mais en même temps... en même temps, tu voudrais pas que ça finisse ? (Elle se penche ; je sais qu'elle me scrute.) Hein, ça t'est arrivé ?

 

Hugues Pagan, Je suis un soir d'été.

Tomber à l'eau...

medium_couv.gif Lettre à S.

Ecrire a donc été pour vous une manière de renaissance : une co-naissance... Je crois qu'à un moment donné de sa vie, on se rend compte qu'un geste salvateur s'impose à soi pour continuer, ou faire une pause, du moins se retrouver, changer de regard sur soi

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L'être littéraire

Lettre à S.

 

Ce sentiment, que c'est dans la recherche d'une forme, dans le travail de cette matière première qu'est la langue, que vous êtes, m'a traversé et persiste depuis la lecture de votre nouvelle : le temps de l'écriture comme le lieu de l'exacte adéquation de vous à vous-même, où ne filtrent dans ces interstices de temps volé que vos pensées les plus intimes consacrées au seul ciselage des mots. Oui, (je me trompe peut-être), mais j'aime cette idée que c'est dans l'oubli de vous-même, dans l'invention d'une fiction, dans la fabrication d'un récit, dans le bricolage des mots que le solitaire que je devine trouve sa place en lui et en ce monde...

 

S.D.

29 octobre 2006

T'aimer, c'était partir

Ivan 

C'est sans doute une drôle de lettre parce que c'est la première. Parce que c'est une promesse tardivement tenue.

Je crois qu'à certains moments il y a des choses qu'on rate et qu'on passe ensuite des années à vouloir rattraper au mépris de soi-même et du temps qui passe. Je vois bien par exemple comment, à courir après mes regrets, j'aurais pu rester à Strasbourg et y laisser ma peau.

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Les "Lettres" de Marcel Proust

Lecture des Lettres de Marcel Proust (1879-1922)

(Paris, Editions Plon, 2005)

Intervention à la Sorbonne dans le séminaire d'Antoine Compagnon sur la critique littéraire (mai 2005)

 

 

Cinq milles lettres de Proust avaient pu être réunies dans une précédente édition qui tenait en… vingt et un volumes, grâce à l’opiniâtreté et à la passion de ce chercheur de talent que fut Philippe Kolb, qui estimait que ce chiffre représentait à peine un vingtième de la correspondance que Proust a pu écrire. Une telle quantité s’explique par l’usage à l’époque des pneumatiques (l’équivalent de nos mails aujourd’hui), mais aussi par le fait que plusieurs distributions avaient lieu par jour, quand le courrier n’était pas porté par un domestique, ce qui favorisait un échange aussi soutenu.

Katherine Kolb et Françoise Leriche ont retenu pour cette édition de la Correspondance de Proust quelque 627 lettres, soit 10 % de la correspondance totale... Quatre critères ont permis de retenir ces lettres : les données sociologiques de l’époque (politique, histoire, milieu littéraire) ; la comédie humaine qui transparaît dans ces pages ; la formation esthétique et la réflexion théorique de Proust, et la genèse des œuvres ; les stratégies littéraires et éditoriales de Proust.

Que nous apporte cette correspondance de Proust ? « La collection privée se doit de se faire musée, faute de quoi elle frustre la collectivité » écrit Proust, cité par Katherine Kolb dans sa préface qui note : « Ces lettres dressent le portrait d’un mondain très présent dans la vie littéraire, cherchant à plaire et à séduire, habile à infléchir son style selon son interlocuteur. » Un tic constant cependant, relatif surtout aux critiques littéraires : Proust se montre volontiers déclaratif, sentimental, élogieux sur plusieurs paragraphes, avant de se révéler, le temps d’un dernier paragraphe, voire le temps d’un Nota bene ou d’un Post-scriptum, autoritaire, capricieux, imposant tel article, telle place dans telle revue, tel service à rendre, etc.

Ce sont, ainsi que l’affirme Françoise Leriche dans son introduction à l’édition, des pages « avec des réflexions amusées et souvent impertinentes sur les personnes qu’il connaissait », des lettres dont le montage dessine le portrait d’« un Proust possessif, jaloux (...) enfantin, vindicatif, faisant part de ses lectures, de ses impressions musicales ou esthétiques, donnant son avis sur la politique, bref, des lettres plus spontanées, plus vivantes (ce qui ne signifie pas plus “sincères”…) que les lettres “littéraires”, guindées et calculées ».

Enfin, et surtout, Proust réécrit des passages de la Recherche, qu’il commente et d’un point de vue littéraire et d’un point de vue éditorial – en argumentant par exemple sur la nécessité que tel livre se conclue sur telle phrase. On peut voir sa correspondance comme le travail du philologue qui annote, commente, justifie telle coupe, telle réécriture, telle clôture de chapitre. Ce sont donc des « lettres privées et utilitaires, à l’occasion de circonstances prosaïques ou mondaines, lettres souvent flatteuses et/ou intéressées (destinées à obtenir un service, à remercier, à refuser une invitation, à commenter l’actualité avec ses amis, à indiquer à un éditeur des corrections à faire, etc.) » (p. 14).

Ces lettres nous fournissent des informations historiques et politiques (l’affaire Dreyfus, la position de Proust et de ses interlocuteurs), et des indications d’ordre sociologique qui nous présentent dès lors un microcosme, celui de la critique littéraire où les auteurs se connaissaient, s’écrivaient, se concurrençaient.

La critique littéraire est celle d’un milieu parisien où l’on retrouve, donc, les noms de Allard, Barrès, Blum, Beaunier, Berl, Binet-Valmer, Boulenger, Daudet, Du Bos, Gide, Jaloux, Lemaître, Régnier, Rivière, Thibaudet… Un milieu de la critique littéraire pétri de compromissions, et Proust n’y échappe pas lui-même. Je n’entrerai cependant pas dans le courant de mon intervention sur ces amusements, car, comme Françoise Leriche, je ne peux que me référer à Bourdieu en constatant que, lettre après lettre, et c’est ici ce qui m’intéresse, Proust se positionne dans un champ littéraire en ce qu’il s’adapte à chacun de ses interlocuteurs qu’il connaît très bien : « (productions, institutions, rapports de forces entre groupes, rivalités éditoriales, etc.) (...) [Proust] sait choisir la place qu’il veut y occuper et mettre en œuvre la stratégie nécessaire pour s’y faire publier et reconnaître. »

 

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28 octobre 2006

Un homme, un vrai

Je ne me souviens pas de la première fois où j’y suis allé. J’avais dû hésiter parce que quelques semaines plus tôt en passant dans le quartier et en pensant que là, la nuit, des mecs se tripotaient entre les bagnoles, je m’étais tordu la cheville… Peut-être que je n’avais pas envie de goûter à ces plaisirs nocturnes ? Ou plutôt : je n’étais pas sûr d’y éprouver du plaisir. On n’est jamais vraiment fier de marcher la nuit sur le pavé humide en essayant vaguement de se faire croire qu’on résiste sans comprendre pourquoi à ce type d’envie…

Chaque fois, les mêmes mouvements : passer sur le pont et jeter un coup d’œil en contrebas, observer les ombres, contourner le bâtiment, descendre lentement l’escalier, faire une pause, avancer discrètement la tête et repérer, entre les voitures, un mec à genoux avec, sur sa nuque, une main qui l’active. Allumer une cigarette, prendre un air dégagé puis se faufiler entre les mecs.

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Les cow-boys, les Indiens, les chasseurs et sa mère

Le ciel, d’un mauve attachant, affiche une sérénité joviale et laisse deviner que le cliché de format carré date de la fin des années 70. L’homme sourit à peine à sa femme, qui prend la photo. Il doit avoir la trentaine, sa peau est lisse, il aurait presque l’air sage avec sa mèche de cheveux bruns tombant sur son front. Seul signe de sa dureté, de sa virilité (outre la gibecière kaki sur sa chemise marronasse aux manches relevées qui laissent apparaître de puissants avant-bras aux poils noirs sur sa peau mate) : sa moustache.

À l’ombre du noyer, le père, donc, tient en ses mains deux perdrix tandis qu’à ses côtés son garçon de huit ans lève maladroitement mais fièrement deux lièvres, sourire toutes dents dehors. À leurs pieds, la gueule ouverte et leur épaisse langue rose pendante, les chiens posent un regard perdu sur la verdure.

Hors champ : le cadet, assis en tailleur à l’ombre du cerisier, n’envie pas son aîné d’être initié à la chasse. Il sait qu’il n’appartiendra jamais à ce monde d’hommes aimant la détonation des cartouches, le vol interrompu d’un oiseau et la course des chiens hurlant. Il brosse les cheveux de son poupon, parle tout seul, regarde le ciel et, des heures durant, reste là, rêveur, le pouce dans la bouche.

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