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01 novembre 2006

L’œil photographique : Samuel Choisy

medium_Sam.2.jpgDans le noir, sourde effervescence intérieure. La pièce comme enveloppée d’une imperceptible lumière rouge. Concentration aiguë. Ses mains travaillent. Ses doigts retiennent leur souffle... Il passe et repasse le papier dans le bac. Doux liquide, visqueux, qui révèle, donne forme à ces instants qu’il a patiemment mis en scène. En noir et blanc.


Il fabrique lui-même ses appareils photos. Boîtes de thé ou autres boîtes en carton auxquelles il perce un trou : son sujet vient s’y engouffrer dans un temps d’une durée arrêtée, étirée.

Dans la rue, les voitures et passants sont déjà en train de passer – temps paradoxal. Dans un garage, derrière le pare-brise d’une voiture un couple fait l’amour : corps disparus dans le brouillard cotonneux des mouvements flous. Les pieds d’un homme qui dépassent d’un lit, un pistolet au sol. Un oiseau empaillé qui s’envole dans l’immense ciel d’un immeuble. Un travelo qui éclate de rire comme il en serait de la marionnette d’un ventriloque. Une femme qui se coupe les ongles des pieds, nue sur le lit d’une chambre d’hôtel vieillotte.

Mais aussi des lieux simples ou incongrus (une ferme isolée, un hangar abandonné, les remparts d’une ville la nuit...) auxquels il donne pour légendes un lieu et une heure qui n’ont rien à voir avec le sujet initial et qui participent d’une dramatisation ("Angers. N° 48 avenue de la gendarmerie. Lendemain du 9 mai 1983. Vers 16 heures.") : il fait de la fiction.

Il tient à ce côté artisanal, qu’il revendique : une manière comme une autre d’être, de rester dans l’art. L’assurance de ne jamais se dévoyer. Longtemps il a travaillé seul, dans son coin, dans le noir. En solitaire.

Et puis on l’a invité à une exposition collective, puis à une autre, puis à une autre... Des hommes qu’il admirait lui ont fait appel... De la Vienne à la Pologne en passant par l’Angleterre, l’Espagne : l’attendent le Brésil, les Etats-Unis... Il a tissé des liens, s’est inscrit dans un réseau. A participé à des concours, des résidences. Chaque fois, le même étonnement non dit mais palpable : qu’on aime son travail, qu’on admire son exactitude, qu’on interprète son propos, qu’on redoute son avis. Il est sollicité. Et ses commanditaires auront beau être très satisfaits, rien n’y fera, il restera critique sur son travail. Il est exigeant. Rare. Il a l’humilité de ceux qui ne veulent pas savoir s’ils ont ou non du talent : seul, compte, le travail. Il met de l’âme dans le grain, dans la texture de ses clichés.

Approchez-vous, remarquez-vous ces toutes petites, très fines rayures noires ? Sur le portrait de cette femme prise dans la foule, seule et comme endeuillée : exposée la photo rappelle vaguement la croûte d’un tableau de maître... Et au bord d'une falaise couleur sépia, un flingue à la main, cet homme, de dos, drapé dans son sombre grand manteau, déjà mort, peut-être : l’entourent des arbres aux feuilles comme des plumes venant se confondre à la poudre de la terre, cendreuse.

 Il a l’œil intelligent, opaque (le regard qui pense). Il a l’œil séducteur (comme ces hommes qui ne savent pas cacher le fond de leur âme). Il a l’œil animal : vigilant. Généreux, bienveillant. Et sévère : exigeant.

Son art dit la solitude. Son talent est d’inspiration littéraire. Son regard sur le monde a quelque chose du jazz.

La photo comme il en est d’un art ultime, vital.

 

Stéphane Darnat

http://slidechoiz.blogspot.com/

 
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