Avertir le modérateur

30 novembre 2006

Quoique...

 

Reçu dans ma vieille boîte aux lettres une carte postale non signée et qui n’avait pas besoin de l’être, l’écriture m’étant immédiatement familière.

Sur la photo, à l’italienne et dont le cadre blanc rappelle le polaroïd : Louis Garrel et Romain Duris qui se tiennent par la taille, comme deux frères (carte postale éditée par Télérama à l’occasion du film de Christophe Honoré, Dans Paris).

Lire la suite

23:35 Publié dans Correspondance | Lien permanent | Tags : romain duris, "dans paris"

Une minute et demie

 

On but, puis les accents joyeux du jazz appelèrent tout le monde sur la piste. On dansa de nouveau, George avec Iris, Stephen avec Ruth, Anthony avec Sandra.

La danse finie, ils se retrouvèrent tous autour de la table, bavardant et riant.

Lire la suite

28 novembre 2006

Écrire en dansant

Ivres à peine. Mozart pleure des notes qui me laissent comme hypnotisé, toujours. Sur la modeste table de bois, nos assiettes vides et luisantes, nos verres à demi-pleins, les fumées entremêlées de nos cigarettes, des miettes de pain, une revue d’art dont il m’a montré les motifs, et les deux bouteilles de vin rouge bientôt vides.

Symétrie dans le miroir, au-dessus de la cheminée : les étagères de la bibliothèque du salon où nous devisons comme si nous glissions dans les mots se continuent aux étagères de l’entrée où trônent des livres que seul un escabeau permet d’attraper. Bois tendre et bois blanc séparés par le cadre du reflet. Dans l’ombre, son profil lit...

Lire la suite

02:35 Publié dans Journal | Lien permanent

25 novembre 2006

Un visage spirituel

Seule la fiction ne ment pas. Elle entrouvre sur la vie d'un homme une porte dérobée par où se glisse en dehors de tout contrôle son âme inconnue.

 François Mauriac

 

Un roman où on ne se surveille pas, où on laisse parler son âme plus qu'on ne le ferait dans une autobiographie. (...) Il y a une part plus ou moins consciente de l'écrivain qui laisse échapper des choses de sa propre vérité. Un visage spirituel que le lecteur reconstitue a posteriori.

Michel Jarrety

01:35 Publié dans Citations | Lien permanent | Tags : Autobiographie, fiction, Mauriac, Jarrety

22 novembre 2006

L'entretenir à ce sujet

 

Lettre de M.

(Pastiche proustien)

 

medium_proust_4.4.jpgChère Duchesse de Darns,

Je me dis parfois ces jours-ci, en remontant le chemin bordé daubépines qui mène à la maison de ma tante Léonie jusquaux nénuphars géants de loncle Jules, comme jen avais pris lhabitude du temps où Gilberte et moi, tout à nos conversations toujours recommencées à propos du clocher de Méséglise, en oubliant de regarder où nous marchions et déviter les flaques deau de pluie stagnantes reflétant dans une parfaite symétrie les délicates fleurs roses à la manière des laques japonaises qui firent plus tard mon ravissement dans le boudoir de Monsieur de Charlus, quil est bien agréable davoir une amie comme vous auprès de qui sépancher du quotidien et avec qui partager les impressions fugaces qui vous saisissent lorsque la lumière du jour change, comme ce soir, vous le rappelez-vous, où nous fîmes quelques pas à Saint-Germain-des-Près après avoir croisé Morel qui rentra sans nous voir au Flore, occupé quil était à saluer quelquun quil prit pour le duc de Guermantes, alors que nous franchissions la porte vitrée de létablissement.

 

Marcel

PS : Voudriez-vous me faire envoyer votre exemplaire dédicacé du Dépôt par la Pételle par lentremise de votre valet, le jeune Kabyle avec ses yeux verts en amande qui me rappelle ma chère Albertine qui me manque tant ? Jai su quil avait de grandes notions de mécanique, et envisageant dacheter une automobile, je souhaite lentretenir à ce sujet.

 

Auteur : http://lesot-l-y-laisse.20minutes-blogs.fr/

21:20 Publié dans Pastiches | Lien permanent | Tags : Proust, Pastiche, Le Sot l'y laisse

16 novembre 2006

Vous n’écrivez plus ?

medium_Vous_n_ecrivez_plus.gif Heureuse idée que ce doux livre, qui vous pince le cœur, heureuse idée que ces pages signées Laurence Cossé qui, écrivain allant feuilleter les catalogues des maisons d’édition littéraire, s’est aperçu que nombre d’auteurs ont disparu après avoir publié un ou deux romans…  Alors elle a imaginé, Laurence Cossé, dans ce recueil de nouvelles, pourquoi ils n’ont plus écrit ces auteurs, ce qui, dans leur histoire, les a fait renoncer à l’écriture, du moins à la publication.

Lire la suite

15 novembre 2006

Son absence

Son absence est telle que sur la table de bois du café, dans l’angle où elle s’est comme assoupie sur son livre couleur crème, on ne distingue plus que la petite tasse fumante et ses lunettes d’un noir luisant posées sur les verres, abandonnées là comme une fillette aurait oublié sa poupée. Son manteau de daim noir a glissé, s'est enroulé sur lui-même, il a enseveli dans sa chute sans bruit son sac de toile bleu ciel qui laisse deviner, peut-être, un manuscrit.

Lire la suite

22:00 Publié dans Fragments | Lien permanent

13 novembre 2006

Le sens de ce voyage

medium_Lecture.jpg

Je ne sais quel est le sens de ce voyage que j’ai été forcé d’accomplir, entre l’une et l’autre nuit, en compagnie de l’univers tout entier. Je sais que je puis lire pour me distraire. Je considère la lecture comme le moyen le plus simple d’agrémenter ce voyage, comme tout autre ; et de temps à autre, je lève les yeux du livre où je suis en train de ressentir véritablement – et j’aperçois alors, tel un étranger, le paysage qui s’enfuit – campagnes, cités, hommes et femmes, attachements et regrets du passé – et tout cela n’est rien d’autre pour moi qu’un épisode de ma quiétude, une distraction passive où je repose ma vue des pages trop souvent lues.

 

 

Fernando Pessoa, Le Livre de l’intranquillité.

Photographie : Samuel Choisy ©

http://slidechoiz.blogspot.com/

11 novembre 2006

Cette irresistible échappée

 

medium_metro.jpgIl traversa le boulevard, accéléra sa marche pour s’engouffrer dans l’escalier du métro. Il ferma les yeux, ralenti et aveuglé par les néons de ce couloir aux carreaux de céramique sales et clinquants qui lui rappelèrnt vaguement l’ambiance ouatée d’un hôpital. Il se tint la main sur le front, détourna ses yeux. Il eut un geste de recul avant de composter son ticket et de suivre la ligne qui, bleue, ouvrait un trajet vers le nord de la ville.

Il monta dans la première rame, trébuchant, se raccrochant aux colonnes métalliques puis se déhanchant, s’équilibrant comme s’il titubait sous les coups d’une mer ferrailleuse et souterraine. Il lui semblait que, immergés d’un improbable ailleurs fond, des crissements capturaient un silence qui le paralysaient, alarmant son impression d’avancer à contre-courant dans ce wagon d’où il avait décidé de s’égarer.

                                                        

Stéphane Darnat

Photographie : © Aurélien Sergent

22:15 Publié dans Fragments | Lien permanent

... Et si la mort, demain...

Bonne, admirable Molly, je veux si elle peut encore me lire, d'un endroit que je ne connais pas, qu'elle sache bien que je n'ai pas changé pour elle, que je l'aime encore et toujours, à ma manière, qu'elle peut venir ici quand elle voudra partager mon pain et ma furtive destinée. Si elle n'est plus belle, eh bien tant pis ! Nous nous arrangerons ! J'ai gardé tant de beauté d'elle en moi que j'en ai bien pour tous les deux et pour au moins vingt ans encore, le temps d'en finir. Pour la quitter il m'a fallu certes bien de la folie. Tout de même, j'ai défendu mon âme jusqu'à présent et si la mort, demain, venait me prendre, je ne serais, j'en suis certain, jamais tout à fait aussi froid, vilain, aussi lourd que les autres...

Céline, Voyage au bout de la nuit.

06 novembre 2006

Car le jour va poindre...

medium_Sans_titre.10.jpgPires que les nuits sans rêves, les nuits sans sommeil

Où se livre jusqu'au jour dans l'esprit divisé

Une implacable lutte intestine

Mais en pure perte car le jour va poindre

Qui sait noyer sous la lumière aveuglante

Le tourment des vérités trop dures,

Rendre vie au désir animal de vivre.

 

 

 

Louis-René des Forêts, Poèmes de Samuel Wood.

 

Photographie : Samuel Choisy © http://slidechoiz.blogspot.com/

04 novembre 2006

Dans les marges : les Éditions José Corti

medium_medicisNB4.5.gifEntre la porte d’entrée et la devanture de la librairie José Corti, les portraits de Gracq, Baudelaire, Nerval, discrets, comme incrustés dans la pierre. La porte d’entrée laisse voir un jour, le plancher recouvert d’une fine pellicule de poussière. Il n’y a pas, à proprement parler, d’atmosphère (qui serait monacale), plutôt quelque chose qui tient de l’aura.

Un regard circulaire en montant en descendant sur les étagères de bois donne à croire un arrêt, une suspension du temps, habitant, abritant des volumes d’un âge autre – ni archaïque ni ancestral. Impression de baigner, de glisser : le temps, matérialisé, s’incarne là, feutré, doux comme l’est ce tapis de livres aux couleurs ocre, beige, pourpre, vert émeraude, bleu vif… 

Librairie José Corti : comment dire l’esprit qui, ici, au 11, rue de Médicis, Paris VIe, persiste depuis plus de 70 ans ?…  Comment saisir cette rébellion, donnée comme le principe d’une maison d’édition qui, victorieusement tient un cap incertain, survit par et dans la permanence d’une intransigeance, d’un travail obstiné ? Une poétique éditoriale à l’œuvre… « Il y a des volumes qui sont tièdes encore sous les doigts comme une chair recrue d’amour, comme si le sang battait sous la peau fine, et aussi chaque nuit, dans le silence des grandes bibliothèques, il y a un livre glorieux dont vacille dans le noir et s’éteint pour toujours la petite lumière, mais qu’on le sache encore, comme nous parvient après des siècles la nouvelle de l’extinction d’une étoile. » (Julien Gracq)

Lire la suite

03 novembre 2006

Dans l'obscurité

 

Quand j’ai commencé à écrire, il me semble que ce que je cherchais, c’était à matérialiser l’espace, la profondeur d’une certaine effervescence imaginative débordante, un peu comme on crie dans l’obscurité d’une caverne pour en mesurer les dimensions d’après l’écho.

 

Julien Gracq

 

19:00 Publié dans Citations | Lien permanent | Tags : Julien Gracq

01 novembre 2006

L’œil photographique : Samuel Choisy

medium_Sam.2.jpgDans le noir, sourde effervescence intérieure. La pièce comme enveloppée d’une imperceptible lumière rouge. Concentration aiguë. Ses mains travaillent. Ses doigts retiennent leur souffle... Il passe et repasse le papier dans le bac. Doux liquide, visqueux, qui révèle, donne forme à ces instants qu’il a patiemment mis en scène. En noir et blanc.

Lire la suite

L’obsession littéraire

 

medium_arton125.gif Lettre à S.

C’est torturant. On s’endort les yeux ouverts sur le noir, des mots plein la tête. On se réveille la nuit pour griffonner une idée sur le premier bout d’papier à portée de main. Le matin, devant son café, on fait défiler sur notre écran mental ce qu’on a fait la veille : on doute, on essaye de se convaincre que tel chapitre est définitivement achevé.

En journée, au travail, on résiste vaguement pour rester concentré ; on suit les conversations d'une oreille inattentive en hochant la tête avec, toujours, en arrière-fond, ces pages qui nous occupent tout entier ; on rit à des blagues qu’on a à peine écoutées ; on regarde sa montre pour être à ce soir. Et on tourne la tête vers la fenêtre en levant des yeux rêveurs sur le ciel de Paris : rien d’autre n’a d’importance que ce texte secret qui nous tient...

 

S.D.

 Manuscrit : Claude Simon.

00:05 Publié dans Correspondance | Lien permanent | Tags : Obsession littéraire

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu