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10 avril 2007

L’expérience romanesque

L’œuvre ne commence à exister qu’à partir du moment où le regard d’un lecteur la prend en charge. Elle existera autant de fois qu’elle sera lue, et chaque fois d’une façon différente. Toute lecture, si docile qu’elle se veuille, implique un effort de compréhension qui, lui-même, s’appuie sur une expérience personnelle. Nous n’aimerons un roman que si nous avons l’impression – tout illusoire, bien sûr – d’y pénétrer, de l’habiter, de le re-vivre du dedans. Je demande à un livre de m’entraîner là où il veut aller, je m’abandonne à son mouvement propre, j’accepte d’avance son étrangeté ; et en même temps, je lui demande de s’ouvrir à ma propre expérience, où je puise toutes les ressources nécessaires pour m’adapter à lui et sans le support de laquelle, me restant totalement incompréhensible, il cesserait pour moi d’être un livre.

Tout bon roman doit décevoir d’une certaine manière et combler d’une autre. Le vrai lecteur aime trouver dans un roman quelque chose qu’il n’attendait pas, et découvrir que c’était cela précisément qu’il attendait.

 

Bernard Pingaud, L’expérience romanesque.

 
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