Avertir le modérateur

27 janvier 2008

Le doute, vecteur de la littérature

Comment écrire simplement ? Un sujet, un verbe, un complément…La réponse est facile, me direz-vous. Pas pour Peter Säunesgraham qui aura très longtemps fantasmé une écriture qui, avec le minimum de mots, aurait su enfin suggérer les palpitations de son âme comme seuls peuvent l’éprouver ceux que la langue fait tanguer.

Säunesgraham ne sut pas résister, hélas diront certains, à cette fascination des phrases douloureuses qui décrivent plus qu’elles ne dessinent les ressentis de notre anatomie mentale. Heureusement, notre auteur ne renonça pas à l’écriture. Certes, Peter Säunesgraham, couronné en 1957 par le très prestigieux prix littéraire Marc-Chevallier, tenta durant des années et des années de trafiquer son style pour qu’il fût toujours plus dépouillé, avec pour mot d’ordre la seule nécessité.

Cet échec de l’écriture qui, comme disent les journalistes, trouvait sa source dans une sorte de névrose obsessionnelle de l’exactitude, rencontra son point d’ancrage avec la publication posthume de ses Chroniques d’un écrivain sans sujet. Parce qu’il avait toujours refusé obstinément que son style fût le miroir déformé de ses pensées torturées, l’écrivain aura poursuivi sa longue pérégrination dans les mots jusqu’à sa disparition réelle que l’on situe au mois d’août 1973. Et l’on sait gré aujourd’hui à cet homme d’avoir fait du labeur de l’écriture le support d’un sujet dont il n’avait peut-être pas deviné la charge contre la littérature, ces mots déliés qui disent l’amertume, l’infinie difficulté à écrire sur soi et sur ce qui meut l’écrivain : le doute.

 

Stéphane Darnat

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu