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31 janvier 2008

La grandeur du sujet

Très cher père,

Tu m’as demandé récemment pourquoi je prétends avoir peur de toi. Comme d’habitude, je n’ai rien su te répondre, en partie justement à cause de la peur que tu m’inspires, en partie parce que la motivation de cette peur comporte trop de détails pour pouvoir être exposée oralement avec une certaine cohérence. Et si j’essaie maintenant de te répondre par écrit, ce ne sera encore que de façon très incomplète, parce que, même en écrivant, la peur et ses conséquences gênent mes rapports avec toi et parce que la grandeur du sujet outrepasse de beaucoup ma mémoire et ma compréhension.

                                                              

Kafka, Lettre au père.

29 janvier 2008

Préjugé(s)

b2c41c8fb5d567f0a807fc1c64a90f37.gifLa cliente : — Dites-moi monsieur, vous savez s’il y a un tabac dans le coin ?

Le caissier : — Oui, vous remontez la rue en sortant, là, juste à droite, et à quoi…  disons même pas deux cents mètres, vous avez un bar-tabac.

— Ah, merci ! Je viens d’emménager dans le quartier alors je suis encore un peu perdue…

— Vous habitez quelle rue ?

— Un peu plus haut, rue Rémy de Gourmond.

— Ah bon ?! Il a une rue, Gourmond ? Mais à quel titre !

— Eh bien… Je ne sais pas… Pourquoi ?… C’est drôle, vous n’êtes pas le premier à me faire la remarque, vous savez qui c’était ?

— Oh, il était écrivain et critique d’art à la fin du XIXe. On ne peut pas dire que c’était transcendant, même si c’était abondant. Certes il était contemporain de Proust, qu’il a connu, je crois, mais de là à avoir donné son nom à une rue… Vous m’auriez dit Boulenger, Du Bos ou Thibaudet, là j’aurais compris… Remarquez, un universitaire vient de publier un essai sur lui, alors peut-être que je me trompe et qu’il y a une nécessité à lire Gourmond…

—  … Un caissier littéraire ?!…

                                   

Stéphane Darnat

28 janvier 2008

La littérature : d’utilité publique.

Il porte en lui le souvenir de ce matin d’hiver où, dans sa classe à l’université, elle voulut les déranger avec ces questions : Comment rendre, par et dans l’écriture, ce que l’on se raconte à soi-même ? transmettre ses pensées intimes les plus aiguës avec exactitude ? transcrire ses associations d’idées ? Surtout : pourquoi vouloir traduire son propre monologue intérieur ?

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27 janvier 2008

Le doute, vecteur de la littérature

Comment écrire simplement ? Un sujet, un verbe, un complément…La réponse est facile, me direz-vous. Pas pour Peter Säunesgraham qui aura très longtemps fantasmé une écriture qui, avec le minimum de mots, aurait su enfin suggérer les palpitations de son âme comme seuls peuvent l’éprouver ceux que la langue fait tanguer.

Säunesgraham ne sut pas résister, hélas diront certains, à cette fascination des phrases douloureuses qui décrivent plus qu’elles ne dessinent les ressentis de notre anatomie mentale. Heureusement, notre auteur ne renonça pas à l’écriture. Certes, Peter Säunesgraham, couronné en 1957 par le très prestigieux prix littéraire Marc-Chevallier, tenta durant des années et des années de trafiquer son style pour qu’il fût toujours plus dépouillé, avec pour mot d’ordre la seule nécessité.

Cet échec de l’écriture qui, comme disent les journalistes, trouvait sa source dans une sorte de névrose obsessionnelle de l’exactitude, rencontra son point d’ancrage avec la publication posthume de ses Chroniques d’un écrivain sans sujet. Parce qu’il avait toujours refusé obstinément que son style fût le miroir déformé de ses pensées torturées, l’écrivain aura poursuivi sa longue pérégrination dans les mots jusqu’à sa disparition réelle que l’on situe au mois d’août 1973. Et l’on sait gré aujourd’hui à cet homme d’avoir fait du labeur de l’écriture le support d’un sujet dont il n’avait peut-être pas deviné la charge contre la littérature, ces mots déliés qui disent l’amertume, l’infinie difficulté à écrire sur soi et sur ce qui meut l’écrivain : le doute.

 

Stéphane Darnat

25 janvier 2008

Ce que j’essaye de dire

9105f2ebce988b66528f7d0fc44c1d5f.gifChaque fois que je lève la tête et que je reprends mon carnet, la faiblesse de ma voix et la pauvreté de mes moyens me semblent une insulte à tout ce que j’essaye de dire, à tout ce que j’ai aimé.

                                                            

Romain Gary, La Promesse de l’aube.

Photographie : © Emmanuelle Hirschauer, Bigsur.

00:00 Publié dans Citations | Lien permanent | Tags : Gary

03 janvier 2008

Intervalle

Ce sont nos passions qui esquivent nos livres, le repos d’intervalle qui les écrit.

Marcel Proust, Le Temps retrouvé.

00:40 Publié dans Citations | Lien permanent

 
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