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06 janvier 2007

Un écrivain...

 

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Écrire c’est engager un rapport difficile avec notre propre langage : un écrivain a une obligation envers une parole qui est sa vérité.

Se vouloir écrivain n’est pas une prétention de statut, mais une intention d’être. L’écrivain ne peut se définir en termes de rôle ou de valeur, mais seulement par une certaine conscience de la parole. Est écrivain celui pour qui le langage fait problème, qui en éprouve la profondeur, non l’instrumentalité ou la beauté.

L’œuvre devient une question posée au langage, dont on éprouve les fondements, dont on touche les limites. L’œuvre se fait dépositaire d’une immense, d’une incessante enquête sur les mots.

 

Roland Barthes, Critique et Vérité.

Photographie : © Daniel Boudinet

04 janvier 2007

Signes

J’ai lu un jour que, comme la plupart des écrivains américains, Hemingway comptait chaque soir les mots qu’il avait ajoutés à son manuscrit en cours. Moi, car c’est ici l’usage, je compte les signes. J’ai donc vu qu’en terminant l’année j’avais déjà accumulé 280 000 signes dans la version peut-être bien définitive de mon roman. Mais un petit compteur dont je dispose me permet aussi de voir que, au point où je suis arrivé, cela représente environ 50 000 mots. Non, tout compte fait, je préfère les signes, ces centaines de milliers de petits insectes qui grouillent, gesticulent, se disputent la place, s’assemblent, se séparent, reviennent et dans une sarabande interminable font et défont les mots. En cas de forte bourrasque, tout cela pourrait évidemment partir à tous les vents.

 

 

Hubert Nyssen, Carnets journaliers, 1er janvier 2007.

http://www.hubertnyssen.com/carnets.php

21 décembre 2006

Il y a...

Il y a des instants immobiles en nous où se concentrent les visages souverains.  

Michel Fardoulis-Lagrange, Le Texte inconnu.

00:25 Publié dans Citations | Lien permanent

25 novembre 2006

Un visage spirituel

Seule la fiction ne ment pas. Elle entrouvre sur la vie d'un homme une porte dérobée par où se glisse en dehors de tout contrôle son âme inconnue.

 François Mauriac

 

Un roman où on ne se surveille pas, où on laisse parler son âme plus qu'on ne le ferait dans une autobiographie. (...) Il y a une part plus ou moins consciente de l'écrivain qui laisse échapper des choses de sa propre vérité. Un visage spirituel que le lecteur reconstitue a posteriori.

Michel Jarrety

01:35 Publié dans Citations | Lien permanent | Tags : Autobiographie, fiction, Mauriac, Jarrety

13 novembre 2006

Le sens de ce voyage

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Je ne sais quel est le sens de ce voyage que j’ai été forcé d’accomplir, entre l’une et l’autre nuit, en compagnie de l’univers tout entier. Je sais que je puis lire pour me distraire. Je considère la lecture comme le moyen le plus simple d’agrémenter ce voyage, comme tout autre ; et de temps à autre, je lève les yeux du livre où je suis en train de ressentir véritablement – et j’aperçois alors, tel un étranger, le paysage qui s’enfuit – campagnes, cités, hommes et femmes, attachements et regrets du passé – et tout cela n’est rien d’autre pour moi qu’un épisode de ma quiétude, une distraction passive où je repose ma vue des pages trop souvent lues.

 

 

Fernando Pessoa, Le Livre de l’intranquillité.

Photographie : Samuel Choisy ©

http://slidechoiz.blogspot.com/

11 novembre 2006

... Et si la mort, demain...

Bonne, admirable Molly, je veux si elle peut encore me lire, d'un endroit que je ne connais pas, qu'elle sache bien que je n'ai pas changé pour elle, que je l'aime encore et toujours, à ma manière, qu'elle peut venir ici quand elle voudra partager mon pain et ma furtive destinée. Si elle n'est plus belle, eh bien tant pis ! Nous nous arrangerons ! J'ai gardé tant de beauté d'elle en moi que j'en ai bien pour tous les deux et pour au moins vingt ans encore, le temps d'en finir. Pour la quitter il m'a fallu certes bien de la folie. Tout de même, j'ai défendu mon âme jusqu'à présent et si la mort, demain, venait me prendre, je ne serais, j'en suis certain, jamais tout à fait aussi froid, vilain, aussi lourd que les autres...

Céline, Voyage au bout de la nuit.

03 novembre 2006

Dans l'obscurité

 

Quand j’ai commencé à écrire, il me semble que ce que je cherchais, c’était à matérialiser l’espace, la profondeur d’une certaine effervescence imaginative débordante, un peu comme on crie dans l’obscurité d’une caverne pour en mesurer les dimensions d’après l’écho.

 

Julien Gracq

 

19:00 Publié dans Citations | Lien permanent | Tags : Julien Gracq

31 octobre 2006

... tellement fort que ça fait mal

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Maintenant, y a plus d'avant. Plus d'après non plus. (Elle a un rire amer, plutôt étouffé, et qui tient à rien.) Ca t'est jamais arrivé, d'entendre une musique, quelque chose, de voir un truc et que ça soit tellement chouette, tellement fort que ça fait mal, mais en même temps... en même temps, tu voudrais pas que ça finisse ? (Elle se penche ; je sais qu'elle me scrute.) Hein, ça t'est arrivé ?

 

Hugues Pagan, Je suis un soir d'été.

 
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