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27 mai 2008

L’art du roman

 

Examinons un moment un esprit ordinaire, au cours d’un jour ordinaire. L’esprit reçoit des myriades d’impressions, banales, fantastiques, évanescentes ou gravées avec l’acuité de l’acier. De toutes parts elles arrivent – une pluie sans fin d’innombrables atomes ; et tandis qu’ils tombent, qu’ils s’incarnent dans la vie de lundi ou de mardi, l’accent ne se marque plus au même endroit ; hier l’instant important se situait là, pas ici ; de sorte que si l’écrivain était un homme libre et pas un esclave, s’il pouvait écrire ce qu’il veut écrire et non pas ce qu’il doit écrire, s’il pouvait fonder son ouvrage sur son propre sentiment et non pas sur la convention, il n’y aurait ni intrigue ni comédie ni tragédie ni histoire d’amour ni catastrophe au sens convenu de ces mots.

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00:50 Publié dans Extraits | Lien permanent | Tags : virginia woolf, "l'art du roman"

16 mai 2007

Torturez l’artiste !

 

medium_feet.jpgJe suis vraiment désolé d’avoir à te le dire, mais tu ne seras jamais heureux.

 

En te disant cela, mon intention n’est pas de te faire du mal. Si je te le dis, c’est parce que j’estime devoir être franc avec toi avant que nous commencions. J’espère que tu apprécies mon honnêteté parce qu’à partir de maintenant plus personne ne sera juste ou honnête avec toi. Alors, une fois de plus, je te le dis sans détour : Tu ne seras jamais heureux. Je l’ai couché par écrit, et c’est vraiment la moindre des choses.

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18 mars 2007

La fin arriva

 

 

medium_Celui_qui_ne_m_accompagnait_pas.jpgToute la force du jour dut se tendre, s’élever vers cette fin, et peut-être répondit-il aussitôt, mais quand la fin arriva, après l’éparpillement de quelques secondes, tout avait disparu, disparu avec le jour.

 

 

 

Maurice Blanchot, Celui qui ne m'accompagnait pas, Gallimard, 1953.

28 février 2007

Dériver

Dériver, du latin rivus, le ruisseau, signifie littéralement « quitter la rive », en deux sens opposés. Premièrement, dériver peut caractériser un trajet continu et ordonné d’une origine vers un but. On parle des dérivations étymologiques d’un mot – mouvement de variation lente et régulière dans la langue – ou encore de la dérive d’un voilier qui lui permet de suivre sa route malgré les vents contraires. Deuxièmement, la dérive peut désigner à l’inverse la perte de contrôle, la déviation ou le dérapage. Un navire est « à la dérive » lorsqu’il est désemparé. La nécessité et le hasard cohabitent donc, en une paradoxale complicité, au cœur d’un même verbe.

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06 décembre 2006

Immobiles

 

 

medium_acacia.jpgEt à la fin elle trouva. Ou plutôt elle trouva une fin – ou du moins quelque chose qu’elle pouvait considérer (ou que son épuisement, le degré de fatigue qu’elle avait atteint, lui commandait de considérer) comme pouvant mettre fin à ce qui lui faisait courir depuis dix jours les chemins défoncés, les fermes à demi-détruites et les troquets aux senteurs d’hommes avinés. C’était un tout petit cimetière, circulaire, d’une vingtaine de mètres de diamètre au plus, entouré d’un mur de pierres meulières comme on en voit aux pavillons de banlieue et dont les piliers de chaque côté du portail étaient surmontés d’une croix de fer peinte en noir. La majorité des tombes étaient celles de soldats allemands, mais elle alla tout droit à l’une d’elles, un peu à l’écart, que sans doute quelqu’un (quelqu’un qui avait eu pitié d’elle – ou plutôt d’elles – ou qui peut-être avait simplement voulu s’en débarrasser) lui avait indiquée et sur laquelle, en allemand et sur une plaque métallique, puis en français sur une planchette plus récemment apposée, était simplement écrit que se trouvaient là les corps de deux officiers français non identifiés. Il avait enfin cessé de pleuvoir et un soleil de fin d’été jouait au-delà des murs sur les feuillages du petit bois (le cimetière était situé en arrière et à l’est de la gare d’environ dix kilomètres de large que semblait avoir suivi l’espèce de tornade géante détruisant tout sur son passage) dont certaines branches commençaient à dorer. Elle s’avança jusqu’à l’inscription, la lut, recula jusqu’à l’endroit où devaient approximativement se trouver les pieds des morts, fléchit les genoux puis se releva, fouilla dans son sac, en sortit un mouchoir qu’elle étala sur le sol, s’agenouilla alors, fit s’agenouiller le garçon à côté d’elle, se signa, et abaissant la tête se tint immobile, les lèvres remuant faiblement sous le voile enténébré. Quelque part dans les feuillages encore mouillés étincelant dans le soleil, un oiseau lançait son cri. Il n’y avait personne d’autre dans le cimetière que les trois femmes et l’enfant, c’est-à-dire la veuve et le garçon agenouillés et, un peu en arrière, les deux autres femmes debout, tenant à la main leurs sacs et leurs parapluies refermés, immobiles, les lèvres immobiles dans leurs immobiles visages ravinés, leurs yeux soulignés de poches, bordés de rose, couleur faïence et taris.

 

 

medium_page_manuscrit_acacia.2.gif

Claude Simon, L’Acacia, Éditions de Minuit, 1989, chapitre I, « 1919 ».

Couverture, page manuscrite et photographies de Claude Simon : Éditions de Minuit ©

30 novembre 2006

Une minute et demie

 

On but, puis les accents joyeux du jazz appelèrent tout le monde sur la piste. On dansa de nouveau, George avec Iris, Stephen avec Ruth, Anthony avec Sandra.

La danse finie, ils se retrouvèrent tous autour de la table, bavardant et riant.

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