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14 mai 2008

Du romanesque, que diable !

Un éditeur dîne avec l’une de ses auteures, en terrasse d’un restaurant espagnol, dans une rue de Paris où défilent les passants et les bus. Petit à petit, les bruits de la ville déclinent. Minute après minute, les nuages s’éclipsent, rose saumon. Après quelques verres de vin rouge et autant d’anecdotes, la nuit dessine les contours de leurs visages. Ils rient beaucoup. Vient une pause, un silence complice. Et tandis qu’il allume une énième cigarette, elle lui demande comment lui, dans son histoire, en est venu à la lecture, à l’écriture…

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15 avril 2008

Delta

Un soir où il déambule dans Paris tout en découvrant son chemin au gré des noms gravés de blanc sur fond bleu, il finit par se perdre aux carrefours des rues. Alors sa petite vie défile sur son écran mental. Et, pris d’un désespoir aigu, il lève les yeux au ciel et murmure : « Jusques’à quand, Éternel ? Jusques’à quand ! Éternel… » Il songe : « Naître sans destin… »

Étourdi, las et inconsolable de n’avoir su trouver sa place en ce monde, il poursuit sa marche silencieuse en penchant la tête, rêveur comme un pendu emporté dans le vent d’une nuit aux reflets d’or vert.

                                                                       

Stéphane Darnat

01:10 Publié dans Fragments | Lien permanent

13 février 2008

Lune absente

Le soleil n’a pas encore atteint la couche de nuages qui étreignent le ciel, à peine bleuté, par endroits taché de blanc. Comme si d’un improbable arrière-fond carillonnait l’humeur phosphorescente d’une lune absente. La nostalgie du temps semble ainsi se déplier comme au travers d’un drap, d’abord pourpre et bienveillante, puis rose saumon, romanesque.

                                                

Stéphane Darnat

23:10 Publié dans Fragments | Lien permanent

14 décembre 2007

Le réel du temps, des êtres et des choses

Cette sensation d’être « dans le temps », et non plus « hors du temps », lui parvint un soir où, déambulant dans une rue à ciel ouvert, grise et trouée de feuilles d’automne, il se murmura comme il en est d’une révélation : « Je produis du souvenir. » Enfin ! Il aimait l’époque dans laquelle il vivait, admettait s’inscrire dans un quotidien banal, trivial. Éphémère.

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17:45 Publié dans Fragments | Lien permanent | Tags : rêverie

26 novembre 2007

Service perturbé sur la ligne…

La rame de métro continue de se gonfler d’usagers harassés. Et ceux qui se pressent toujours plus vers l’arrière laissent échapper un râle d’épuisement. Confiné debout contre un strapontin et la porte côté quai, le voilà obligé de tendre son cou en arrière pour éviter une trop grande proximité avec l’homme baraqué qui, de dos, lui présente un crâne rasé. Un moment, un peu las, il est tout de même tenté de poser sa tête sur son épaule musclée.

Fallait-il s’y attendre ? Les fesses bombées du rugbyman rebondissent tout doucement contre son pubis, et c’est ainsi que les va-et-vient du train finissent par l’exciter. Il tire son corps en arrière autant que faire se peut pour que l’homme ne subisse pas ce plaisir inattendu. Mais il ne parvient pas à se contrôler, et tandis qu’il recule millimètre par millimètre, les frottements dus aux à-coups du voyage accentuent sa gène.

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23:00 Publié dans Fragments | Lien permanent | Tags : métro, rencontre érotique

12 novembre 2007

Bazar de psychanalyse…

Lorsqu’il apprit qu’il était somnambule, il ne voulut d’abord pas le croire. L’un de ses meilleurs amis (hébergé chez lui pour des raisons conjugales) le lui assura pourtant dans un récit des plus éloquents. Il s’expliquait donc enfin pourquoi, régulièrement, au matin, il retrouvait ses chats dehors, dans l’escalier de l’immeuble ; pourquoi il se réveillait parfois avec des bleus aux jambes, ou pourquoi chez lui les objets changeaient souvent de place en une nuit. Et dire qu’il avait soupçonné qu’un intrus pénétrait chez lui…

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11 novembre 2007

« Mumm… »

Sous l’orage, le trottoir ruisselle de paillettes argentées. La façade du vieil immeuble s’embrume. À l’ombre d’une des portes cochères, des passants entrent, tête courbée. Ils en ressortent la mine grave, préoccupée. L’image pourrait servir de couverture pour un polar.

Ces passants viennent jouir ici du plaisir indicible de s’allonger sur un divan. L’œil perdu sous le lustre où résonnent leurs paroles, ils racontent et décortiquent leur roman familial. Il leur arrive parfois de chuchoter des fantasmes insoupçonnés.

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19 septembre 2007

Un temps disparu

Ciel bleu blanc rouge : un grand arbre aux plumes amples, un bâtiment aux murs épais que poinçonnent de larges fenêtres encadrées de briques orangées, la rue baignée d’une trentaine de majorettes aux jupes blanches et courtes, levées bien au-dessus du genou. Leurs tuniques forment un V. Chapeaux blancs à bordure rouge, elles tiennent leur bras droit replié sur la taille tandis que leur bras gauche se tend bien haut. Bâtons en l’air.

En sourdine, la musique d’un temps disparu : la fanfare.

Une époque oubliée.

                                                                                                              

Stéphane Darnat

03 septembre 2007

Vertige de la rêverie

Comment s’appelait cette machine placée en bout de rayon, dans les supermarchés des années 80, où les produits défilaient lentement ? Par un système de rotation, les rangs d’objets montaient, disparaissaient, puis réapparaissaient… Vertige infiniment doux pour l’enfant rêveur.

Des objets pour l’entretien de soi : brosses à cheveux, limes à ongles, petits ciseaux… Il en avait le tournis, comme il en serait d’une ivresse. Il y restait devant des quarts d’heure entiers. Ce défilé le faisait décoller, perdre le repère du sol, comme si c’était lui qui descendait lentement.

Plus tard, le même effet se produira sur les tapis roulants, avec cette impression de décalage à ne pas savoir qui avance, le monde ou lui. Une telle volupté était une manière de rompre avec la continuité du réel. Comme une bulle, ou un sas d’aération, d’évanouissement, d’oubli de soi.

 

Stéphane Darnat

22:05 Publié dans Fragments | Lien permanent

01 juin 2007

Un livre s’ébroue...

 

medium_Librairie_Angoulême.6.jpg

Pris entre demeurer dans ce lieu hors de tous les lieux et sortir parcourir les pavés d’une ville où se dit l’enfance, vous voilà enfin mélancolique.

Vous enveloppe avec délices l’atemporalité de cette petite épicerie littéraire. L’admiration vous tenaille. Votre émoi vous souffle de vous pencher vers le libraire pour lui murmurer merci.

Car chaque nuit, dans le silence de cette librairie, un livre s’ébroue dans l’obscurité puis luit pour l’éternité.

 

Stéphane Darnat

Photographie : © Cécile Sergent

00:25 Publié dans Fragments | Lien permanent | Tags : Livres, librairie

26 mai 2007

Un monstre littéraire ?

Un professeur de français à domicile informe une de ses élèves qu’elle devra, pour leur prochaine séance de cours, et ceci en vue de l’entraînement au bac de français, lui préparer le sujet de dissertation suivant : Vous commenterez cette phrase de Jean-Jacques Servan-Schreiber : Le passé ne nous fournit plus de quoi féconder l’avenir.

Elle réplique aussitôt : — Mais vous êtes un monstre !!!

 

Stéphane Darnat

01:05 Publié dans Fragments | Lien permanent | Tags : Dissertation, élève, Acadomia

23 mai 2007

Une lueur

Ivre, à peine. Une tasse gonflée de café dans sa main gauche, la droite repliée sur la vitre et le regard étourdi sur les remparts de la ville, il imagine un cyclone allant tourbillonnant, ses échancrures de dentelle égarant à l’entour les maisons et les arbres comme des feuilles de papier que cracherait une machine à écrire.

Dans sa chambre d’hôtel, il entreprend cette nuit-là, et seulement pour lui-même, le récit de cette journée où, comme en exil chez soi, il a emprunté le trajet de son histoire. La lampe de faible intensité dégage une lueur, support de ses mots.

 

Stéphane Darnat

23:15 Publié dans Fragments | Lien permanent | Tags : Ecriture, nuit, ivresse, autobiographie

15 mars 2007

Poésie dérisoire

Il s’est assoupi.

La bruine humidifie son pull rouge constellé de cristaux de nuages. Aucun bruit alentour, seulement les vagues du lac, à peine perceptibles. Les pas des chevaux retentissent dans le brouillard… Il se retourne, les trompettes d’un cirque s’unissent aux applaudissements des spectateurs qui, tels les touches d’une vieille machine à écrire, serpentent en sa promenade. Mais non, nul chapiteau : la clameur de la montagne se jouait de ses tremblements et de cette stupeur qui le tenaillait.

 

medium_045_v.3.jpgDélivré de son rêve de poésie dérisoire, il desserre les yeux dans un mouvement d’une lenteur anesthésiée, au milieu de nulle part, dans un temps hors de tous les temps. Les images passent à gué, alors il reprend ses pérégrinations romanesques.

 


Stéphane Darnat

Photographie : Cécile Sergent ©

03 janvier 2007

À l’aube

 

medium_aube.jpgÀ l’aube il piétinait doucement le blé fraîchement recroquevillé, bruissant à peine. Souvenirs de son enfance feutrée parmi les poules et vagues rumeurs de l’herbe endormie, luisante au milieu des moutons de laine peureux et blanchâtres... Le fil à linge comme la courbe d’horizon montant puis descendant, sa grand-mère attrapant pantalons, culottes et draps qui  tournoyaient, dansaient au vent. Calme du silence, image fugace d’une bassine contenant en son plastique rouge le parfum des femmes et la sueur des hommes. (Le monde comme enfermé là : bulle de verre aux figurines qu’il agitait sur le buffet de la salle à manger au milieu du brouhaha du jour de l’an pour qu’en tous sens le monde se recouvre de neige...)

Désirs et besoins hors d’un temps. (Exil.)

Remerciements intérieurs à ceux qui l’aiment et qui, sans le leur avoir avoué, lui sont chers, comme une peau douce, imperméable, son corps se languissant de quelques vapeurs sentimentales. Ailleurs. Ceux qu’il n’a pas su aimer : disparus dans le voile d’un nuage, à regret... Les mots oubliés. Des sensations simples.

Il s’endormit là. Dans le froid qui lui tenait goût de tiédeur.

Les mots n’avaient plus de sens et volaient, s’imbriquant les uns les autres tel un puzzle dessinant une mosaïque calligraphiée du vivant.

À l’aube en son âme assoupie ses rêves avaient investi la lune…

 

Stéphane Darnat

Photographie : Samuel Choisy © http://slidechoiz.blogspot.com

01:00 Publié dans Fragments | Lien permanent

21 décembre 2006

Il fallait être fou...

 

 

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La salle de lecture grouillait de petits bruits froissés – pages de livres tournées. Il s’y trouvait voluptueusement étranger, comme en exil chez soi. Quelle étrange expérience...

Il avait d’abord non pas fait semblant mais tenté de lire, le coude rêveur, la main engourdie, le regard en l’air et sourieur, à peine... Il s’était pris au jeu d’une délectation, l’œil perdu sur les petites lampes qui, doucement en leurs interstices, filtraient un moment intellectuel qu’il savait privilégié… Il n’avait jamais, à l’image d’un imposteur, autant avancé sur le brouillon de son roman que durant ces heures prétendument consacrées à sa thèse. Il lui était arrivé de rester tard le soir, embué de ces murmures des mots qu’il avait sublimés dans ses absences consacrées à d’impossibles tergiversations au milieu (comme nimbé) de dictionnaires et autres manuels de grammato-logie, réalisant un rêve qui lui avait coûté par bien des égards. Lui seul savait. L’hiver, enfin...

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00:10 Publié dans Fragments | Lien permanent

12 décembre 2006

Comme une combustion...

 

 

medium_telephone.jpg

La chambre est prise de cette odeur âcre que distille la nuit. Il est assis au bord du lit. Cette tiédeur le fait renifler, sourciller comme l’embrume la poisseur de leurs deux corps. L’œil fixé sur un minuscule point de lumière, il pense vaguement à la chambre noire d’un appareil photo.

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22:50 Publié dans Fragments | Lien permanent

15 novembre 2006

Son absence

Son absence est telle que sur la table de bois du café, dans l’angle où elle s’est comme assoupie sur son livre couleur crème, on ne distingue plus que la petite tasse fumante et ses lunettes d’un noir luisant posées sur les verres, abandonnées là comme une fillette aurait oublié sa poupée. Son manteau de daim noir a glissé, s'est enroulé sur lui-même, il a enseveli dans sa chute sans bruit son sac de toile bleu ciel qui laisse deviner, peut-être, un manuscrit.

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22:00 Publié dans Fragments | Lien permanent

11 novembre 2006

Cette irresistible échappée

 

medium_metro.jpgIl traversa le boulevard, accéléra sa marche pour s’engouffrer dans l’escalier du métro. Il ferma les yeux, ralenti et aveuglé par les néons de ce couloir aux carreaux de céramique sales et clinquants qui lui rappelèrnt vaguement l’ambiance ouatée d’un hôpital. Il se tint la main sur le front, détourna ses yeux. Il eut un geste de recul avant de composter son ticket et de suivre la ligne qui, bleue, ouvrait un trajet vers le nord de la ville.

Il monta dans la première rame, trébuchant, se raccrochant aux colonnes métalliques puis se déhanchant, s’équilibrant comme s’il titubait sous les coups d’une mer ferrailleuse et souterraine. Il lui semblait que, immergés d’un improbable ailleurs fond, des crissements capturaient un silence qui le paralysaient, alarmant son impression d’avancer à contre-courant dans ce wagon d’où il avait décidé de s’égarer.

                                                        

Stéphane Darnat

Photographie : © Aurélien Sergent

22:15 Publié dans Fragments | Lien permanent

 
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