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23 mai 2007

Une lueur

Ivre, à peine. Une tasse gonflée de café dans sa main gauche, la droite repliée sur la vitre et le regard étourdi sur les remparts de la ville, il imagine un cyclone allant tourbillonnant, ses échancrures de dentelle égarant à l’entour les maisons et les arbres comme des feuilles de papier que cracherait une machine à écrire.

Dans sa chambre d’hôtel, il entreprend cette nuit-là, et seulement pour lui-même, le récit de cette journée où, comme en exil chez soi, il a emprunté le trajet de son histoire. La lampe de faible intensité dégage une lueur, support de ses mots.

 

Stéphane Darnat

23:15 Publié dans Fragments | Lien permanent | Tags : Ecriture, nuit, ivresse, autobiographie

06 avril 2007

Leur rencontre

Les garçons font pétarader leurs mobylettes sur les pavés du pont se dodelinant. La rivière coule de ses flegmes moutonnements. Les filles gloussent, épinglées sur la murette, elles se laissent  reluquer par ces grands dadais aux regards en coin et sourires de biais adressés à leurs minijupes aux genoux blancs de pucelles, qui tentent d’échapper aux voix maternelles leur imposant de se méfier de ces blancs becs aux plaisirs carnassiers.

On ne sait pas ce qui les a attirés l’un vers l'autre. On sait juste que, très vite, lui s’est montré insolent, et que, très vite, elle l’a soutenu. Ses parents l’ont menacée de la déshériter (mais de quoi ? une ferme avec six poules, trois chevaux, cinq vaches et un tracteur ?). Rien à faire. Elle haussait les épaules devant leur chantage incrédule. Par provocation, il a retiré le pot d’échappement de son engin : ils l’entendaient partir de chez lui, à pourtant plus de dix kilomètres… Ils s’embrassaient sans s’en lasser sur le trottoir devant chez elle, mais un jour il a vu “La vieille” derrière la grille du jardin en train de les épier.

Au bal aussi elle était là, discutant avec ces dames qui surveillaient leurs progénitures. Alors ils rusaient : elle dansait avec un garçon que sa mère jugeait convenable et, au milieu de la piste, il prenait le relais avant de l’enlever pour aller la déshabiller le long d’un arbre à peine éclairé. “La vieille” tendait le cou en se demandant où elle était passée. Ils riaient…

*

Elle eut son bac, ce qui fit d’elle la première diplômée de la famille – c’était dire si elle méritait un avocat ou un médecin, et non un apprenti boucher charcutier comme lui, qu’ils surnommaient “L’autre con”. Mais elle s’entêtait, continuait de quitter la table pour aller s’enfermer dans sa chambre en claquant la porte. Le conflit dura trois ans, jusqu’à ce que lui débarrasse la petite ville de province pour une autre en bord de mer, tandis qu’elle fut envoyée finir sa formation de secrétaire à plus de trois cents kilomètres. À leur grand soulagement. Jusqu’au soir où, un vendredi, elle n’est pas descendue du train.

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15 mars 2007

Poésie dérisoire

Il s’est assoupi.

La bruine humidifie son pull rouge constellé de cristaux de nuages. Aucun bruit alentour, seulement les vagues du lac, à peine perceptibles. Les pas des chevaux retentissent dans le brouillard… Il se retourne, les trompettes d’un cirque s’unissent aux applaudissements des spectateurs qui, tels les touches d’une vieille machine à écrire, serpentent en sa promenade. Mais non, nul chapiteau : la clameur de la montagne se jouait de ses tremblements et de cette stupeur qui le tenaillait.

 

medium_045_v.3.jpgDélivré de son rêve de poésie dérisoire, il desserre les yeux dans un mouvement d’une lenteur anesthésiée, au milieu de nulle part, dans un temps hors de tous les temps. Les images passent à gué, alors il reprend ses pérégrinations romanesques.

 


Stéphane Darnat

Photographie : Cécile Sergent ©

25 novembre 2006

Un visage spirituel

Seule la fiction ne ment pas. Elle entrouvre sur la vie d'un homme une porte dérobée par où se glisse en dehors de tout contrôle son âme inconnue.

 François Mauriac

 

Un roman où on ne se surveille pas, où on laisse parler son âme plus qu'on ne le ferait dans une autobiographie. (...) Il y a une part plus ou moins consciente de l'écrivain qui laisse échapper des choses de sa propre vérité. Un visage spirituel que le lecteur reconstitue a posteriori.

Michel Jarrety

01:35 Publié dans Citations | Lien permanent | Tags : Autobiographie, fiction, Mauriac, Jarrety

 
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